Le Monde secret de Pastelle

La famille Mink

Je ne crois pas qu'il puisse exister une famille totalement parfaite. Je suis certain que si une personne vous dit qu'elle connaît une famille modèle et toujours heureuse, ce n'est qu'un gros mensonge. Nous avons tous forcément assisté à des drames, des disputes, des conflits et toutes autres tensions entre les différents membres d'une même lignée. Que d'histoires je pourrais vous raconter sur ma propre famille. Mais je pense en avoir trouvé une, la plus disfonctionelle qu'il puisse exister.

Je vais vous 'plonger' directement dans leur petit monde hystérique. Tilbury, Essex, une ville que l'on aimerait bien effacer de la carte
et oublier à tout jamais. La plupart des ruelles sont étroites et tortueuses. Elles invitent aux crimes et aux jeux cruels de tous les pervers qui s'y trouvent. Les habitants essayent de survive dans ce petit monde impitoyable et ils essayent de parer du mieux qu'ils peuvent les hostilités qu'ils rencontrent jour après jour. Les commerces aussi portent les stigmates d'une crise profonde qui ne semble jamias finir et la plupart des magasins ont déjà mis la clef sous la porte. La ville se vide petit à petit boudé par ses habitants. Elle n'offre plus rien.

Deux générations de la famille Mink partagent une petite résidence fournie par les services sociaux de la Mairie : cuisine, salon. salle-de-bains et au premier étage 3 petites chambres et un w.c. sur le palier. Un seul petit chauffage d'appoint au gaz dans le salon pour chauffer toute la maison et les hivers sont bien souvent rigoureux.

Le grand père Frederick, un ancien soldat au passé un peu obscure, toujours très strict et vocal, vit avec sa femme, Gwendaline, qui aurait bien aimé le quitter depuis des années mais qui ne le fera jamais. C'est étonnant mais ça marque bien le sens moral de l’époque car les potins, les ragots font bien plus mals que la séparation. Les années passent, malheureusement rien ne change ; les mentalités sont toujours aussi lamentables et elles persistent !

Depuis un certain temps, ils essaient de cohabiter en s'ignorant le plus possible mais les apparences s’avèrent trompeuses. Ils arrivent à cacher la vérité à certains de leurs voisins. Mais peut-être ils ne sont pas aussi crédules qu'ils le prétendent. Cette discorde fait parti des nombreux secrets familiaux et comme souvent, nous les encourageons à ne pas percer le cocon qui nous sert de protection. Les disputes se multiplient et sont de plus en plus violentes, ils n'arrivent pas à être raisonnables et à essayer de se comprendre, c'est l'incommunicabilité totale. Ils font chambre à part depuis de nombreuses années.

Ils ont quand même réussi à partager le même lit 2 fois dans leur "vie maritale", et ont eu une fille en 1939 et un fis en 1950, Yvonne et Adrian. Leur enfance et leur adolescence se passent sans être trop mouvementées. Ce n'est pas une famille aisée mais ils ne manquent de rien.

L'enfant 'prodige' quitte le foyer familial à 20 ans pour vivre avec sa copine qu'il connait depuis bien longtemps et quelques mois plus tard, il l' épouse. Yvonne la cadette, elle aussi, a voulu enchaîner rapidement et elle s'est mariée quelques mois après son frère. Avec son époux Fred, ils ont décidé de ne pas quitter la maisonnette car ils auront la possibilité de la racheter à la Mairie après le décès de ses parents en 1988.

Et vous pensez certainement "Laisse le temps au temps" et les choses devraient s'améliorer d'ici peu. Malheureusement, la vie est un éternel recommencement. Cela fait partie du théâtre humain, toujours la même histoire, toujours la même pièce de théâtre. La seule différence, le renouvellement constant des comédiens.

Les années de bonheur se comptent sur les doigts d'une main. Fred est issu d'une famille nombreuse : 9 frères et soeurs, autant d'oncles et de tantes, tous alcooliques d’une génération à l’autre.

Ils sont tous mal éduqués, à difficultés scolaires et laissés à eux-mêmes. Un cliché un peu banal mais les parents avaient acheté leur première télévision vers la fin des années 60 et les longues nuits d'hiver étaient si ennuyeuses dans cette petite ville grise et morose. Alors les naissances étaient assez régulières.

Quand vous marchez dans les rues, vous pouvez palper la déprime. Il n'y avait pas beaucoup de distraction à cette époque et encore moins aujourd'hui. Il n'y a pas de couvre-feu mais vous ne sortez pas après la tombée de la nuit si vous ne voulez pas avoir d'ennuis.

Depuis toujours, il n'arrive pas à garder un travail stable et il ne va certainement pas changer parce qu'il est marié maintenant. La naissance de leurs deux premiers enfants n'interrompt pas ce cycle infernal. Bien au contraire, il est un peu 'baroudeur' et veut le rester. Etre un bon père et un bon mari, ce n'est pas vraiment dans son 'contrat'. Les enfants en bas âge, ce n’est pas son truc. Il a besoin d'aventures, mais je ne fais pas allusion aux voyages, vous m'avez bien compris : il s'agit de nombreuses aventures féminines, elles défilent toutes les unes après les autres : grosses, maigres, jolies, laides, grandes, petites, blondes, brunes, il ne fait pas le difficile. Tout le monde le sait, mais il ne faut pas en parler. Cela ne servirait à rien. Il faut faire avec et Yvonne est contrainte d'avaler la pilule, une pilule qui reste bien amère.

En 1971, il vole par nécessité un peu de charbon pour garder sa famille au chaud pendant un rude hiver.
Pour la justice anglaise, il n'est absolument pas différent des autres criminels et il est condamné à plusieurs mois de prison.
A sa sortie, rapidement, il se tourne de plus en plus vers la boisson et bien sûr il continue d'être infidèle. Il se met à nouveau à sauter tout ce qui bouge. Mais maintenant, ce n'est qu'une question de temps avant qu' Yvonne ne demande le divorce. Elle ne peut plus fermer les yeux ; elle a bien essayé de pardonner, de tout recommencer de nombreuses fois. Cela a toujours échoué.

Les nouvelles promesses vides et bien vite oubliées, elle ne les supporte plus. Les 2 enfants sont devenus adolescents et il y a bien longtemps qu'ils ont compris que la situation est difficile, voir insupportable pour leur maman. Et malgré la séparation officielle, ils continueront à se quereller jusqu'à la mort des parents d'Yvonne.

Ces engueulades font partie de leur quotidien. Il ne reste presque plus rien à se balancer à la gueule cet à casser dans cette maison. Comment peut-on humilier et frapper sa compagne comme il le fait? La violence familiale, c'est dur pour moi à imaginer le manque d'action et de ne pas pouvoir quitter son bourreau ; je ne comprends pas que l'on puisse se faire autant de mal et que tant de personnes préfèrent subir plutôt que réagir.

Après son abandon du foyer conjugal, tout devrait se calmer et rentrer dans l'ordre. Et bien détrompez-vous. La saga continue lentement sans s'épuiser comme un voile de brume au fil du temps qui ne parvient pas à se dissiper.

Le fils, Paul, abandonne sa scolarité à 16 ans. Ses 'relations' avec l'école n'ont jamais étaient simples. Et comme son père, il n'arrive pas à assurer un travail régulier. Malheureusement, les enfants apprennent beaucoup trop de leurs parents.

Pour lutter contre la solitude et l'isolement, à 19 ans il décide de s'installer à Southend-on-Sea pour 's'éclater' et pouvoir vivre normalement sans devoir se cacher. Il veut découvrir son homosexualité. Il loue une chambre meublée et partage cette grande maison avec Tony un punk qui se drogue avec n'importe quoi, le seul produit qu'il n'ai pas essayé, c'est de l'eau de javel ; Tracy une punk qui abuse aussi de la drogue mais qui aime bien aussi se saouler avec de la vodka. Jour et nuit, elle est dans un état second bien avancé, une sorte de transe hypnotique continuelle. Vous ne pouvez pas avoir une conversation sans qu'elle se mette à délirer. La propriétaire, 66 ans, a aménagé son appartement qui occupe le rez-de-chaussée et le sous sol de la grande maison, nous pourrions la comparer à la folle de Chaillot. Elle faisait un peu de théâtre dans sa jeunesse et elle est pourvue d'un gigantesque ego. Elle aime se faire voir et se faire entendre chez elle et dans les rues de Southend mais elle n'a aucune idée de se qui se passe réellement dans cette demeure de fous. Comme beaucoup de personnes, elle ne peut se libérer du passé et raconte toujours les même histoires, qu'elle embellit de plus en plus à chaque récit. Elle adore le va et vient continuel, même les personnes louches, car cela lui permet d'avoir une audience " fidèle et assidue".

Paul ne restera qu'un an dans cette maison car il veut s'installer à Londres où la vie nocturne gay est bien plus attrayante. Ce ne sera que 2 ans plus tard, qu'il annoncera à ses parents qu'il est gay.

Il décide de le dire à son père le jour de son second mariage, lequel ne durera qu'une année. Sa deuxième femme n'est pas aussi stupide que la première et surtout elle ne veut pas devenir une autre victime.

Il est obligé de le dire à sa mère quelques mois plus tard parce que sa soeur ne veut plus le rencontrer lors d'une de ses visites au berceau familial et cela pour une raison bien particulière. Je vous en dirai plus dans un instant. La nouvelle n'est pas un problème pour les parents car ils s'en doutaient un peu mais n'osaient rien dire.

Mais revenons en arrière, quelques années auparavant, sa soeur Andrea, 22 ans, cause un scandale en annoncant ses fiançailles à un homme de 44 ans, Malcom, divorcé et avec 2 fils de son premier mariage presque du même âge qu' Andrea. Ils décident de se marier quelques mois plus tard en juin 1985. Après de nombreuses insultes et disputes avec les deux familles, elle menace de s'enfuir avec lui et de ne plus jamais les contacter. Yvonne ne veut pas perdre sa fille pour toujours. Certes c'est bien difficile à accepter. Il faut être capable d'avaler son orgueil, mais bon la vie ne s'arrête pas là. C'est sa seule fille, la petite dernière alors elle est prête à tout lui pardonner. Paul le savait depuis bien longtemps mais il avait promis de ne rien dire si Andrea ne parlait pas de sa sexualité, ce qui arrangeait tout le monde.

Paul et son copain Kieran décident de passer quelques jours à Tilbury avant le mariage. Ils restent chez son père dans son appartement. Ils partagent la chambre d'amis. Bien vite, ils s'aperçoivent que c’était une grosse erreur, ils ont attrapé des morpions. Comment s'en débarrasser le plus vite possible ? Ce n'est pas évident du tout, juste une veille de week-end. Malgré une bonne hygiène, ils commencent à se gratter de plus en plus fort. Ils pensent avoir trouvé la solution en se rasant tous les poils car le traitement devra attendre encore un jour ou deux, la pharmacie la plus proche est à une dizaine de kilomètres et personne ne peut se libérer pour les conduire à Grays . Il ne faut pas que les gens se doutent de quoi que ce soit. Et Ouf ! étrangement ça marche. Les démangeaisons se sont calmées. Cependant, ils n'osent pas en parler à Fred car sa réputation ne s'est pas améliorée et ne veulent pas le contrarier.

Enfin le grand 'jour' est arrivé. Ils ont loué la salle des fêtes pour la soirée. Yvonne s'occupe de la restauration, tout ce qu'il y a de plus simple, des sandwichs, des peties saucisses anglaises et des scotch eggs ; il y a un bar dans la salle et les boissons sont payantes ; le gâteau a été fait par une amie : gâteau aux fruits confits, typiquement anglais, a été préparé quelques semaines à l'avance, il est bourratif et vous tient au ventre comme un brique. Il ne s'agit vraiment pas de faire un repas gastronomique, tout est simple et limité car l'argent, contrairement à la bière, ne coule pas à flots. Il faut aussi se rappeler que dans les années 1980, le choix des produits alimentaires dans les magasins anglais n' était pas ce que nous connaissons aujourd'hui.

La cérémonie et la réception se passent sans histoire car ils sont tous ivres au bout de quelques heures et ils n’apprécient plus ce drôle d'événement qui ressemble de plus en plus à la commedia dell'arte. C'est donc réussi, Il n'y pas eu de blessés, ni de morts. La police n'a pas eu besoin d'intervenir, tout est encore calme jusqu'au petit matin.

Le lendemain le grand-père, Fred, est accusé d'avoir piqué des bouteilles d'alcool mais bien vite ils s'aperçoivent que c'est sa soeur la coupable. Aucune excuse ne lui est fait et ils font tous comme si de rien n’était. Quel est l'intérêt de mettre une ivrogne derrière le bar pour donner un coup de main, si vous voulez du bon travail. Il est évident qu'elle va finir par boire tous les fonds de bouteille et même d'avantage. Nous savons tous qu'un bon ivrogne ne fait pas un bon barman. Fred est blessé par ce manque de confiance mais il préfère oublier et il ravale sa fierté.

Avec les semaines qui passent, la furie semble commencer à se calmer tranquillement. Quand Andrea annonce sa grossesse, ils arrivent enfin à se parler normalement sans hausser la voix ou s'insulter. Avec le temps, l'horreur du mariage n'est plus qu'un vieux souvenir grâce à la naissance de Carl, leur premier enfant. Mais ce n'est pas la surexcitation.

Il me faut maintenant revenir en arrière ; le jour où Paul annonce sa sexualité à sa mère. Cet événement est triste car beaucoup de choses vont changer pour le pire.

...à suivre (voir index page de bienvenue)

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